Hervé Foly

Hervé Foly

La Chronique d'Hervé

Capital-investissement et BITD : ce que les fonds voient vraiment quand ils ouvrent votre dossier

Les fonds défense cherchent des cibles. Mais la plupart des dossiers qu'ils reçoivent n'aboutissent pas. Pas parce que les entreprises sont mauvaises — parce que leurs dirigeants ne savent pas se présenter. Et parce qu'ils ne comprennent pas ce que le financement leur coûte vraiment.

Publié le

06/05/2026

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9 min

Le dossier qui n'a pas abouti

Un dirigeant d'une ETI de sous-traitance aéronautique m'a appelé il y a quelques mois. 18 millions d'euros de chiffre d'affaires, deux grands donneurs d'ordres de la BITD, une marge correcte. Un fonds l'avait contacté après un événement sectoriel. Deux réunions encourageantes. Puis silence.

Quand nous avons reconstitué ce qui s'était passé, le diagnostic était sans appel : le fonds avait demandé un plan d'affaires à trois ans. Le dirigeant m'a envoyé un business plan fait par son expert-comptable. Il avait juste reconduit les chiffres de l'année précédente avec une inflation de 2% par an.

Ce n'est pas une anecdote isolée. C'est le scénario le plus fréquent que je rencontre. Et il coûte cher — en temps perdu, en opportunités manquées, parfois en conditions de financement dégradées quand le dirigeant finit par signer avec le mauvais interlocuteur faute d'avoir su convaincre les bons.

Un bon carnet de commandes ne suffit pas

Trente véhicules d'investissement dédiés à la défense ont été créés en douze mois. Les capitaux existent. Mais ces fonds reçoivent un flux croissant de sollicitations — et ils instruisent les dossiers avec une rigueur qui n'a rien à voir avec l'enthousiasme ambiant sur le secteur.

Beaucoup de dirigeants pensent qu'un bon carnet de commandes suffit à convaincre un fonds. En pratique, le vrai sujet est souvent ailleurs : dépendance au dirigeant, absence de pilotage industriel, ou incapacité à absorber une montée en cadence.

Un fonds d'investissement n'est pas une banque. Il prend une participation dans votre capital avec l'objectif de la revendre dans cinq à sept ans en réalisant une plus-value. Ce qu'il achète, ce n'est pas votre bilan d'hier. C'est la crédibilité de votre potentiel de demain.

Cette logique change tout. Et la comprendre avant d'entrer dans un processus, c'est déjà se distinguer de la majorité des dossiers qui arrivent sur le bureau d'un investisseur.

Les cinq tensions que personne ne vous dit

Voici les cinq tensions que je rencontre systématiquement — et que personne ne formule clairement au dirigeant avant qu'il soit trop tard.

Tension 1 : Vous vendez votre passé. Le fonds achète votre futur.

Le réflexe du dirigeant industriel, c'est de montrer ce qu'il a construit. C'est légitime — mais insuffisant. Un fonds veut comprendre où sera l'entreprise dans cinq ans, pourquoi elle y sera plutôt qu'un concurrent, et ce qu'il faut concrètement pour y arriver. Un dirigeant incapable d'articuler cette trajectoire en dix minutes envoie un signal d'alarme — même si ses chiffres sont bons.

Signal terrain : si votre présentation commence par « nous avons été fondés en... » plutôt que par « dans trois ans, nous voulons... », vous êtes dans la mauvaise logique.

Tension 2 : L'entreprise, c'est vous. Le fonds a besoin qu'elle existe sans vous.

C'est la vérité la plus inconfortable pour un fondateur. Si vos trois plus gros clients vous appellent directement sur votre téléphone, si toutes les décisions opérationnelles passent par vous, si votre équipe de direction n'existe que sur l'organigramme — vous avez un problème d'investissabilité, indépendamment de la qualité de votre carnet de commandes. Un fonds qui investit dans une entreprise dépendante d'un seul homme prend un risque qu'il ne peut pas gérer. Il ne le fera pas.

Signal terrain : si la question « que se passe-t-il si vous êtes absent six mois ? » vous gêne, vous avez votre réponse.

Tension 3 : Vous avez besoin de ressources. Le fonds a besoin d'un projet.

« Nous cherchons des financements pour nous développer » est la phrase que les fonds entendent le plus souvent — et celle qui les convainc le moins. Un besoin vague signale une réflexion stratégique inachevée. Ce qu'un investisseur veut, c'est une réponse précise : à quoi exactement ces ressources seront affectées, quel retour elles génèrent, et ce qui change dans votre trajectoire si elles arrivent versus si elles n'arrivent pas.

Signal terrain : si vous ne pouvez pas répondre à ces trois questions en moins de cinq minutes, votre projet de croissance n'est pas encore assez formalisé pour un investisseur.

Tension 4 : Vous êtes convaincu de la valeur de votre entreprise. Le fonds a ses propres méthodes.

Beaucoup de dirigeants arrivent avec une valorisation fondée sur leur ressenti — ce qu'ils ont investi, ce que vaut leur outil industriel à leurs yeux, ce que leur a dit leur expert-comptable. Les fonds valorisent sur l'EBITDA, sa trajectoire, et le risque associé. Un désaccord sur la valorisation dès le début d'une négociation compromet souvent tout le reste — même quand les deux parties étaient initialement intéressées.

Signal terrain : si votre valorisation est fondée sur un multiple de chiffre d'affaires plutôt que d'EBITDA, attendez-vous à une conversation difficile.

Tension 5 : Le fonds vous parle de 5% de rendement. Le coût réel pour votre entreprise est bien plus élevé.

C'est la vérité que personne ne dit clairement. Prenons l'exemple du fonds Bpifrance Défense, qui affiche un objectif de TRI net de 5% pour l'épargnant. Ce chiffre est calculé après deux couches de frais : ceux du fonds Bpifrance Défense lui-même (environ 1,75% par an), et ceux des fonds sous-jacents dans lesquels il investit (environ 2,25% par an). En remontant la chaîne, le TRI brut que les entreprises du portefeuille doivent délivrer pour que tout le monde soit payé s'approche de 13 à 15%.

Ajoutez un gearing de 2:1 — deux euros de dette pour un euro de fonds propres, ce qui est courant dans ce type d'opération. Le coût moyen pondéré du capital (WACC) pour l'entreprise descend à environ 8-9%, car la dette à 5-6% dilue le coût global. Mais le levier crée trois risques que les institutionnels n'évoquent jamais.

Premier risque : la dette doit être servie immédiatement, indépendamment des jalons de paiement DGA. Dans la BITD, où les flux de trésorerie sont liés aux échéances contractuelles, cette pression peut devenir critique en cas de retard. Deuxième risque : le levier fonctionne dans les deux sens. Si la valorisation de sortie déçoit, le remboursement de la dette absorbe une part disproportionnée de la valeur résiduelle — et le fonds sortira en cherchant à maximiser la valorisation à tout prix, parfois au détriment du temps long que nécessite une entreprise industrielle. Troisième risque : les covenants bancaires limitent la liberté opérationnelle du dirigeant — ratios financiers à respecter, restrictions sur les distributions, obligations de reporting renforcées.

La bonne question pour un dirigeant n'est donc pas « est-ce que ce fonds m'intéresse ? » mais « est-ce que ma trajectoire de croissance et ma visibilité sur mes flux justifient ce coût du capital, et ai-je des alternatives moins dilutives pour financer le même projet ? »

Signal terrain : si votre valorisation de sortie doit doubler en sept ans pour que l'opération soit cohérente, vérifiez d'abord que votre plan d'affaires le prévoit — et qu'il est crédible.

La préparation fait toute la différence

Ce qui distingue les dirigeants qui aboutissent de ceux qui n'aboutissent pas, ce n'est pas la taille de leur entreprise ni la qualité de leurs contrats. C'est le niveau de préparation.

Une ouverture de capital se prépare six à douze mois avant la première rencontre avec un investisseur sérieux. Les dirigeants qui font ce travail en amont négocient dans de meilleures conditions, accèdent à de meilleurs fonds, et préservent davantage leur capital. Ceux qui se précipitent subissent.

Cette préparation commence toujours par une seule question : où en est vraiment mon entreprise aujourd'hui ? Pas la version optimiste qu'on présente à ses clients ou à sa banque — la version honnête, avec ses forces et ses vulnérabilités. C'est à partir de cette lecture lucide qu'on construit un dossier convaincant, qu'on cible les bons interlocuteurs, et qu'on entre en négociation en position de force plutôt qu'en position de demandé.

Un dirigeant qui arrive devant un fonds avec un diagnostic honnête, un plan d'affaires documenté, une équipe visible, un besoin précis et une compréhension du coût réel du capital qu'il s'apprête à lever — c'est rare. C'est pour ça que ça marche.

Ce que nous faisons pour vous chez ECHN

Chez ECHN, c'est exactement ce que nous faisons.

Nous accompagnons les dirigeants de PME et ETI de la BITD qui envisagent une ouverture de capital — du diagnostic initial jusqu'à la négociation avec les investisseurs. Nous ne vous disons pas ce que vous voulez entendre. Nous vous préparons à ce que les fonds vont vous demander — et à ce qu'ils ne vous disent pas.

Concrètement : nous commençons par un diagnostic financier et stratégique honnête de votre situation. Nous construisons ensuite le dossier adapté à votre profil et à vos objectifs. Nous analysons avec vous le coût réel du capital selon la structure de financement envisagée — fonds propres, levier, WACC effectif — pour que vous entriez en négociation en sachant exactement ce que vous signez. Nous identifions les bons interlocuteurs dans l'écosystème des fonds défense. Et nous vous préparons aux échanges avec leurs équipes — parce qu'une première réunion réussie ouvre des portes qu'une première réunion ratée referme durablement.

Si vous souhaitez échanger sur votre situation, nous sommes disponibles pour un premier entretien confidentiel, sans engagement.